Premier ministre en Guinée : Est-ce « enfin » l’heure du management public ?
L’investiture du Président de la République le 17 janvier dernier 2026 ouvre une nouvelle séquence institutionnelle en République de Guinée. Si, dans l’opinion publique, la nomination d’un nouveau Premier ministre est souvent perçue comme une évidence, la Constitution guinéenne actuelle ne prévoit pourtant aucune obligation de démission automatique du chef du gouvernement en fonction. Cette situation, juridiquement fondée mais politiquement sensible, alimente aujourd’hui les débats. Déjà, plusieurs noms connus ou inconnus sont avancés, quant à une probable succession à Bah Oury.
Comme cela est de coutume, plus on se sent proche du “probable promu”, plus les qualifications qui lui sont attribuées sont exemptes de reproches.
Pourtant, les enjeux qui interpellent la nouvelle gouvernance exigent de nous citoyens, analystes, spectateurs de la scène politique guinéenne, plus de discernement.
Plutôt que de se perdre dans les spéculations autour d’un nom, l’enjeu essentiel devrait porter sur le profil du futur Premier ministre. Dans le cas d’espèce pour notre pays, la fonction appelle avant tout un manager de l’action publique, un CEO/PDG, capable de coordonner l’action gouvernementale, de traduire la vision présidentielle en politiques concrètes et de répondre aux attentes sociales et économiques des populations.
Le Président Mamadi Doumbouya, s’il veut poursuivre son élan de développement déjà amorcé, notamment grâce à la réalisation de nombreuses infrastructures en seulement quatre ans, n’a pas intérêt à s’embarrasser d’un “politique encombrant”, un homme ou une femme, qui tous les matins en se regardant dans le miroir, n’aura pour seul agenda que d’être “calife à la place du calife”.
Pourquoi ? Trop souvent, sous nos tropiques, la Primature devient un espace de rivalités politiques plutôt qu’un centre de pilotage de l’action gouvernementale. Il n’est pas rare de voir des Premiers ministres entrer en conflit ouvert ou latent avec le chef de l’exécutif, non pas sur la conduite des réformes, mais autour de calculs de succession ou d’ambitions personnelles.
Cette dynamique détourne l’énergie de l’État des véritables priorités nationales : la relance économique, l’emploi, la justice sociale, les services publics et la stabilité institutionnelle.
Dans le contexte actuel, la Guinée gagnerait davantage à privilégier un chef de gouvernement rassembleur, loyal aux institutions et résolument tourné vers les résultats, plutôt qu’un simple instrument ou adversaire politique.
Mais notons-le aussi tout clairement : la réussite du prochain chef du gouvernement dépendra avant tout de la marge d’action qui lui sera accordée par son patron, le président Mamadi Doumbouya.
Ce dernier devrait lui laisser la pleine latitude de nommer les membres de son équipe, (non sans y avoir un droit de regard) en dehors bien-sûr de certains ministères dits régaliens, dont la nomination relève du chef de l’exécutif à savoir: la Défense, la Sécurité, la Justice, les Affaires étrangères, et le Ministère de l’Economie et des Finances. Pour ce dernier ministère, le choix pourrait se faire sur la base d’un consensus, après moult discussions et consultations.
Un Premier ministre ne peut produire des résultats durables sans la liberté de constituer une équipe cohérente, compétente et alignée sur des objectifs clairs. Gouverner par héritage de portefeuilles imposés ou par équilibres purement politiques a souvent montré ses limites.
Dans le contexte actuel, la Guinée gagnerait à se doter d’un Premier ministre au profil de véritable dirigeant exécutif, à l’image d’un PDG de l’action publique : un responsable orienté vers la planification, l’exécution, l’évaluation et les résultats. La Primature devrait fonctionner comme un centre de pilotage stratégique, capable de coordonner les ministères autour de priorités nationales clairement définies.
Ces priorités sont connues et urgentes : l’accès à l’eau potable, la production et la distribution d’électricité, l’autosuffisance alimentaire, la modernisation du système éducatif et des infrastructures routières, le renforcement des services de santé, ainsi que la création de conditions favorables à l’emploi et à l’investissement. Autant de chantiers qui exigent méthode, rigueur, continuité et culture du résultat, bien plus que des calculs politiques ou des positionnements personnels.
Prenons un exemple tout net : l’aliment de base chez nous en Guinée est incontestablement le riz. Nous en produisons beaucoup, mais pas assez pour couvrir le besoin national. Selon des sources bien tenues, rien qu’en 2024, la Guinée a importé des pays d’Asie un peu plus d’un million de tonnes (1.06 million de tonnes pour être précis), représentant une bagatelle de 506 millions de dollars. Le nouveau Premier ministre devrait mettre en place un plan stratégique sur environ 10 ans, en vue de l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, ne serait-ce que pour le riz. Si ce programme est bien planifié, soutenu par les pouvoirs publics, il serait très loisible d’atteindre cet objectif et de pouvoir ainsi économiser chaque année plus de 500 millions de dollars. Voilà où devraient se situer les enjeux, pas ailleurs.
Dans cette perspective, le chef du gouvernement devrait être jugé non sur sa capacité à incarner un courant politique, mais sur son aptitude à transformer les orientations présidentielles en politiques publiques efficaces, mesurables et bénéfiques pour les populations. La Primature ne devrait ni être un tremplin politique, ni un contre-pouvoir informel, mais un instrument de gouvernance au service exclusif du développement national. Chacun devrait y mettre du sien. Et le chef d’orchestre de cette nouvelle dynamique devrait s’appeler président Mamadi Doumbouya.
Alpha Camara
Journaliste, depuis Ottawa/Gatineau (CANADA)
Tel: +1 4382214080
