Désagrégation des valeurs morales : la franchise du cardinal Robert Sarah

C’est l’actualité marquante de la semaine. En marge de la cérémonie de prise de possession canonique de Mgr François Sylla, archevêque métropolitain de Conakry, à la cathédrale Sainte-Marie, le cardinal Robert Sarah a tenu, sans ménagement, un discours franc sur la situation de la Guinée. Sa marque de fabrique : dire la vérité sans détour. Le religieux fait remarquer que la société guinéenne est en train de se déliter et de s’abîmer quotidiennement dans le mensonge, la corruption et la délation. Le cardinal interpelle prêtres et évêques sur une possible propagation de ces travers sociaux au sein de la communauté chrétienne : « Ne risquons-nous d’être pollués par la déliquescence générale qui vicie notre société guinéenne ? Est-ce nous chrétiens, nous prêtres, nous évêques, nous ne vivons pas totalement pollués par l’ambiance de pourriture, de mensonge et de corruption dans laquelle nous évoluons quotidiennement ».

Robert Sarah a également posé des interrogations pertinentes. À ses yeux, la foi pratiquée avec ferveur devrait élever les citoyens en fortifiant leur force intérieure, leur droiture et leur qualité morale. Cependant, la pratique acharnée de la prière dans le pays ne le protège pas de la décrépitude : « Alors que la pratique religieuse catholique, à travers les moyens que sont le sacrement, est censée nous donner les moyens et les grâces pour nous convertir en profondeur. Comment se fait-il que notre société guinéenne se meure à vue d’œil ? Et pourtant, nos mosquées et nos églises sont remplies chaque jour. N’est-ce pas à cause de la dégradation de notre vie intérieure et morale, de la corruption, de gabegie, du désordre de nos vies et de nos mentalités dans la bonne gestion du bien commun ».

Le cardinal Robert Sarah rappelle que la gestion du bien commun est assujetti à l’éthique spirituelle et à la conscience de Dieu. Sans la prise en compte de cette dimension métaphysique, la société ira à vau-l’eau : « Est-ce que nous nous rendons compte que la gestion du bien commun est une vocation morale et spirituelle ? Sans morale, sans Dieu, notre pays ne se relèvera jamais ; il ira en se dégradant, en engendrant la peur, la pauvreté, la haine réciproque », a-t-il fait remarquer.

L’auteur du livre La force du silence, dénonce également une pratique religieuse dénuée de sincérité et entachée de mensonge. Source, à ses yeux, des maux qui persistent dans la société guinéenne : « Nous ne voulons pas nous mettre dans les mains de Dieu, nous lui mentons constamment parce que nous ne voulons pas nous soumettre à Dieu en vérité. Nous voulons construire à notre façon notre pays et le royaume de Dieu. Le   royaume que Jésus annonce se trouve complètement entre les mains du Père. Et on l’atteint par le chemin du renoncement et de sacrifice », a-t-il avertit.

Une façon de dire en substance que les Guinéens doivent se purifier et se remettre en cause dans leurs rapports avec Dieu. Conditions primaires de l’apaisement et de progrès.

Mamadou BARRY III et Ibrahima Kalil BAYO

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