À Conakry, les inondations annuelles sont la conséquence d’une urbanisation sans boussole dixit Dr. KK

Chaque année, le début de la saison des pluies agit comme un révélateur impitoyable de nos contradictions collectives. On affirme souvent qu’elle vient nous rappeler notre négligence coupable. En réalité, elle fait davantage. Elle met à nue, sans complaisance, la fragilité de nos infrastructures et l’écart abyssal entre les discours ambitieux de la réalité du terrain.

À chaque averse importante, les routes censées assurer la desserte des marchés, fluidifier les échanges et désenclaver l’économie nationale se transforment en véritables parcours du combattant pour les usagers. Ces artères vitales, présentées comme les blasons du développement et de la modernisation, cèdent rapidement sous l’épreuve des trombes. Les chaussées se dégradent, les nids-de-poule s’amplifient, les trottoirs sont inexistants ou inachevés, tandis que les systèmes de drainage, lorsqu’ils existent, se révèlent largement inefficaces car obstrués des détritus et ensablés.

Cette réalité n’est pas le simple produit des caprices de la nature, elle résulte bien souvent de travaux routiers mal conçus, mal exécutés ou insuffisamment contrôlés. L’absence d’entretien régulier des infrastructures, aggravée par la corruption des concepteurs desdits projets assujettis aux retro commissions, l’impunité et la faiblesse des mécanismes de contrôle, accouche des conditions de circulation désastreuses qui sont entre autres embouteillages interminables, pollutions multiples et croissantes, déficits économiques considérables, accidents récurrents et détérioration continue du cadre de vie des populations. Les produits agricoles et saisonniers sont parfois impropre à la consommation avant même d’atteindre les marchés, compromettant de facto les revenus des producteurs et fragilisant davantage l’économie locale.

Les inondations que subit périodiquement Conakry ne constituent donc pas une fatalité. Elles sont la conséquence d’une certaine conception de la ville, d’une urbanisation souvent anarchique et d’une accumulation de négligences institutionnelles. Qui ignore encore la géographie particulière de Conakry ? Qui ne connaît pas la vulnérabilité naturelle de ses plaines, de ses bas-fonds et de ses zones marécageuses ?

Chaque inondation révèle avec une cruauté implacable, les failles de notre gouvernance urbaine et de notre responsabilité collective. Les constructions anarchiques sur les zones inondables, l’occupation sauvage des lits des marres, l’obstruction des caniveaux par les déchets et l’indifférence face aux alertes météorologiques constituent autant de symptômes d’un dysfonctionnement profond. L’indignation publique est souvent vive, mais rarement durable. Une fois les eaux retirées, les promesses s’évanouissent, les responsabilités se diluent et la routine reprend ses droits jusqu’à la prochaine catastrophe.

Ainsi, chaque inondation raconte la même histoire, celle d’une urbanisation sans boussole, d’un laisser-faire devenu système et d’une responsabilité que l’on préfère chercher dans le ciel plutôt que sur la terre.

Docteur KABA Kerfalla, Économiste 

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