Lettre ouverte au Président Bassirou Diomaye Faye- “Monsieur le Président, votre deuxième mandat dépend, en partie, du sort de Macky Sall à l’ONU”

Excellence Monsieur le Président de la République,

Votre deuxième mandat se joue aussi dans les choix que vous faites aujourd’hui.

Le pouvoir n’est pas un refuge pour les ressentiments. Ce n’est pas un instrument de revanche. C’est une épreuve de lucidité.

Le pouvoir ne se juge pas à l’instant, mais à l’avenir qu’il construit. Décider, ce n’est ni céder à l’émotion ni prolonger des rancunes. Le pouvoir n’est pas un exutoire : c’est une responsabilité qui exige lucidité et sang-froid.

Le pouvoir n’est pas un règlement de comptes. Gouverner, c’est trancher – parfois seul, souvent à contre-courant – avec la conscience que seules les décisions durables comptent. Le danger n’est pas toujours en face ; il est souvent à côté : dans cet entourage qui conseille, mais oriente, qui invoque des principes, mais sert des intérêts ou règle des comptes. Qui se sert du pouvoir au lieu de le servir. C’est là que le pouvoir se dévoie.

Le leadership commence précisément là : refuser d’être instrumentalisé, ne pas se laisser entraîner dans les combats personnels des autres, accepter de déplaire et décider en toute indépendance. En politique, rien n’est figé : le pire ennemi d’hier peut devenir le meilleur allié d’aujourd’hui, comme le meilleur allié d’aujourd’hui peut devenir le pire ennemi de demain.

En politique, le sens de la relativité est un principe cardinal, tant les rapports y sont mouvants.

Dans les dynamiques de pouvoir, rien n’est neutre. Chaque choix engage une vision et redessine les équilibres, avec des effets en retour. La politique n’a pas de frontières étanches.Rien ne disparaît vraiment : tout se transforme, tout revient, souvent avec plus de force.

Croire que l’on peut contenir une dynamique par un calcul à court terme est une illusion. En politique, on ne neutralise rien : on déplace, on reconfigure, parfois on renforce ce que l’on croyait affaiblir.

Monsieur le Président, je vous invite très respectueusement, à préserver et à perpétuer cette belle tradition de solidarité, de fraternité institutionnelle et de patriotisme qui a toujours distingué le Sénégal sur la scène mondiale. C’est cet esprit d’unité, au-delà des clivages, qui a permis au Sénégal de rayonner au sein des institutions internationales et d’y voir ses ressortissants occuper une place remarquable, faisant à la fois la fierté nationale et l’admiration des autres. Cette solidarité d’État n’est pas un hasard : elle est le fruit d’une culture politique mûrie, patiemment entretenue par vos prédécesseurs, qui ont su faire prévaloir l’intérêt supérieur de la nation sur les divergences partisanes. L’histoire en offre des illustrations éloquentes, notamment lorsque le Président Abdoulaye Wade a soutenu son prédécesseur Abdou Diouf dans son accession à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Préserver cet héritage, c’est maintenir le Sénégal à la hauteur de sa réputation : celle d’un État capable de transcender ses différends internes pour défendre, avec constance et dignité, ses intérêts et son rang dans le concert des nations. À cet égard, la candidature de Macky Sall à l’ONU offre une opportunité historique d’élever au plus haut niveau le rayonnement et l’influence à la fois du Sénégal et de toute l’Afrique.

Ne pas accompagner certaines trajectoires majeures n’est pas un acte d’autorité. C’est un aveu de faiblesse, un manque de vision. En refusant, jusqu’à présent, de soutenir la candidature de Macky Sall, votre prédécesseur, au poste de Secrétaire général des Nations unies, ce n’est pas une simple erreur : c’est une faute politique. Une faute diplomatique. Une faute de hauteur. Une faute de vision.

Ce choix est en contradiction flagrante avec l’élégance républicaine, la rigueur institutionnelle et l’intérêt supérieur du Sénégal. Il fragilise votre leadership, votre posture internationale et brouille le message que le Sénégal envoie au monde.

Un chef d’État ne choisit pas en fonction de ses affinités, mais de l’intérêt supérieur de la nation. N’oubliez jamais ceci : le pouvoir est une fonction, jamais une propriété. Ceux qui vous ont précédé ont occupé votre place ; d’autres l’occuperont après vous.

Macky Sall a été à votre place. Vous serez, un jour, à la sienne. Chaque acte posé à son encontre crée un précédent –une jurisprudence politique – qui pourrait, demain, se retourner contre vous avec plus de rigueur encore.

Et si Macky Sall ne devenait pas Secrétaire général de l’ONU, il reviendrait probablement au Sénégal pour être candidat à l’élection présidentielle de 2029, avec la détermination d’un lion blessé. Homme de défi, il sait se battre. Il dispose de réseaux solides, d’une connaissance fine du système politique et de la sociologie du pays, ainsi que d’une expérience électorale considérable et d’un appareil politique redoutable.

Dès lors, même au-delà de toute autre considération, le choix de le soutenir peut relever d’une lecture stratégique : anticiper les équilibres futurs et éviter de transformer un acteur majeur en adversaire direct. Transformer Macky Sall en adversaire frontal n’est pas un signe de force : c’est une erreur stratégique.

L’histoire ne retient pas les dirigeants du court terme, mais ceux qui voient loin, anticipent, décident et assument avec courage.

Au fond, les questions sont simples : gouvernez-vous pour aujourd’hui ou pour l’histoire ? Vous projetez-vous dans un second mandat ? Et au-delà, dans l’après-présidence ?

Excellence Monsieur le Président de la République, à vous –et à vous seul – d’y répondre. Car c’est vous que l’histoire jugera. Que Dieu vous guide.

Puisse Dieu bénir le Sénégal et toute l’Afrique !

Dr Mamadou Mouctar Diallo

Ancien Ministre – Ancien Député

Acteur engagé pour l’Afrique et le multilatéralisme.
mouctardiallo75@gmail.com

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